Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Dominique, nique, nique....

Publié le par Nin@

Passions et mort de la moniale chantante de Fichermont

Le 29 mars 1985, Jeannine Deckers, alias Sœur Luc-Gabriel, mieux connue sous le nom de Sœur Sourire que lui donna la presse française, se retranchait du monde après d'être retranchée, des années plus tôt, sans totalement se couper des ordres de Saint Dominique dont elle avait été la moniale, de la communauté dominicaine de Fichermont-en-Brabant, près de Waterloo. Le journaliste Henry Everaert sort ici de l'anonymat, pour écrire sa vie qui n'est pas (?) une vie de sainte. Le Journal tenu à l'abri des yeux du monde dans un monastère brabançon et auquel lui ont donné accès deux amis, l'un homme d'affaires, l'autre moine, qui voulaient faire droit au vœu, exprimé dans une lettre d'adieu, de celle dont le drame avait été "que Dieu la voulût sans la vouloir" et dont l'amie, Annie Pecher, qui avait librement choisi d'entrer dans ses passions et dans sa mort, demandait : "Jean, nous te laissons tous les manuscrits de Jeannine si tu peux en faire quelque chose comme oeuvre posthume. Nous te laissons tous ses disques si tu peux les promotionner, cela ferait plaisir à Jeaninne de ne pas mourir pour le monde. Elle a beaucoup souffert ici-bas, elle mérite qu'elle survive dans la pensée des gens. Veux-tu avertir la presse et les médias sans salir Fichermont, nous voulons respecter le contrat envers elles".


Jeannine Deckers, le véritable nom de Soeur Sourire, est née le 19 octobre 1933 à Bruxelles. Son père, Lucien Deckers, est pâtissier et sa mère, Gabrielle Denis, est la fille de commerçants aisés. Jusqu'à l'âge de 13 ans elle vit avec ses parents et sa soeur cadette rue de Laeken à deux pas de la Place de Brouckère.
En 1946, toute la famille déménage pour gagner Woluwe-Saint-Lambert, une commune bruxelloise plus cossue pour tenir une pâtisserie et un salon de dégustation.
La future religieuse est une bonne élève au caractère indépendant. Elle entre en 1948 dans les Guides, un mouvement de jeunesse catholique où elle recoit le surnom d'Ourson concentré.
A l'issue de ses études secondaires, elle entre à l'école normale pour devenir en 1953 professeur de dessin. De 1954 à 1959 elle enseigne le dessin et joue de la guitare tout en suivant des cours dans un institut supérieur d'architecture.

En septembre 1959 elle décide de tenter l'expérience monniale au couvent de Fichermont près de Waterloo. Le 11 mai 1960 elle revêt les habits de dominicaine en prononçant ses voeux temporaires. Elle restera attachée au couvent dominicain de Fichermont de septembre 1959 à juillet 1966.
Le 24 octobre 1961 elle entre dans les studio de la grande firme de disque Philips à Bruxelles pour enregistrer un premier 45 tours. Début 1962 le disque sort et connaît immédiatement un succès considérable. La chanson Dominique restera numéro un durant quatre semaines et dix semaines en tête des hit-parades des albums !
Le 21 juin 1963, Soeur Luc-Gabriel, son véritable nom chez les dominicaines, prononce des voeux provisoires pour une période de 3 ans. Elle suit des cours de sciences religieuses à l'Université de Louvain. A la mi-décembre 1964 elle retrouve Annie Pecher, une amie d'adolescence, qui ne la quittera plus jusqu'à leur fin commune tragique. Le 20 juin 1965 elle renouvelle ses voeux au couvent de Fichermont.
En 1966, les Etats-Unis décide d'exploiter le succès considérable de Soeur Sourire en lui consacrant un film The Singing Nun avec l'aval des autorités religieuses belges. Comme le voulait la règle monacale, Soeur Luc-Gabriel reverse la totalité de ses gains à l'Ordre des Dominicains qui les utilisa pour ses oeuvres. En juillet 1966, Jeaninne Deckers signe une série de documents que lui proposent sa Mère Supérieure et l'avocat-conseil du couvent. Ces documents seront à l'origine des énormes problèmes que connaîtra la nomme chantante car elle y renonce au surnom de Soeur Sourire et conforte le flou qui règne dans la perception des droits sur ses chansons. Elle quitte le couvent et le couvent rompt le contrat avec la firme Philips.

Le 21 mars 1967 Jeaninnne Deckers se libère officiellement de son ordre, elle n'est pas strictement parlant une nonne défroquée car elle n'a jamais prononcé de voeux définitifs. Elle prend alors le nom de Luc-Dominique pour continuer son apostolat.
En 1967 elle provoque un mini-scandale en composant et en chantant La pillule d'or pour défendre la contraception. En juin de la même année elle fait une tournée au Québec qui rencontre un franc succès mais est victime d'un impressario peu scrupuleux. Les doutes quant à sa foi et les nombreuses épreuves qu'elle doit affronter conduisent Luc-Dominique à une grave, longue et profonde dépression.
Elle suit des séances d'assistance pscychologiques à répétition. Les années 70 et 71 restent des périodes médiatiques avec une interview par Philippe Bouvard et un passage en télévision en compagnie de Nino Ferrer. En mai 1973 elle suit un recyclage religieux à la côte belge.
1974 est une année noire pour Soeur Sourire qui reçoit du courrier du receveur des impôts qui lui réclame des sommes considérables en guise d'arriérés. De plus en plus fréquemment Jeaninne Deckers fait appel à des coktails de médicaments mélangés à de l'alcool, les périodes d'euphorie succèdent aux périodes de dépression avec une fréquence alarmante. Elle évoque à de nombreuses reprises des idées de suicide dans son journal intime.

En 1976 elle fait appel aux techniques du Docteur Tomatis et à sa fameuse oreille électronique pour signer son état pscychologique fragile. Les problèmes d'argent et les relations conflictuelles avec le fisc marqueront les dernières années de sa vie. L'appartement du dernier étage des Verts Horizons à Wavre dans le Brabant Wallon abrite Jeannine Deckers et Anne Pecher pour des périodes de plus en plus sombres.
Complètement désespérées les deux amies décident de mettre fin à leurs jours le vendredi 29 mars 1985. La police locale retrouvera autour des 2 corps des lettres d'adieu, dans un coin reposent Adèle la première guitare de la nonne chantante et une autre offerte autrefois par Georges Brassens. Suivant leurs ultimes volontés, Jeannine Deckers et Annie Pecher sont enterrée ensembles au cimetière de Wavre après une messe dans la chapelle du monastère Saint-André de Clerlande à Ottignies. La mort de Soeur Sourire est annoncée aux médias le lundi 1er avril 1985. Une fin qui laisse songeur si l'on pense que Soeur Sourire meurt dans le denuement le plus complet alors que l'ensemble de sa carrière a généré des gains pour environ 2,5 millions d'euros !
 
« Je réclame de mes frères
Le droit d'évoluer.
De vivre solidaire,
Parmi eux, consacrée.
En short ou en tunique,
Blue jeans ou pyjama,
Je n'ajoute en critique,
Le Seigneur est mon choix.
[…]
Il est certain sourire
Qu'il faut démystifier,
Portrait un peu rapide,
Portrait inachevé.
Si cet autre visage
Étonne certaines gens,
Qu'ils vénèrent l'image
Du sourire d'enfant.
Elle est morte, Sœur sourire,
Elle est morte, il était temps !
J'ai vu voler son âme, À travers les nuages,
Dans le soleil couchant. »
prochainement un film va sortir au cinéma, retraçant sa vie.
"soeur Sourire", interprêté par la jolie et pétillante Cécile de France, je vous le conseille.

Commenter cet article