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Tchernobyl : sous le signe du Cancer

Publié le par Nin@

Etant moi-même touchée par un cancer de la thyroïde (voir précédemment dans mon blog), je ne pouvais passer à côté de cet article (source : lexpress.fr)

Le nuage provoqué par l'explosion de la centrale nucléaire ukrainienne a-t-il provoqué, en France, des cancers de la thyroïde? Bernard Kouchner vient de commander une étude épidémiologique

Triste anniversaire. Quinze ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, des millions d'Européens de l'Est et de l'Ouest ont été plus ou moins touchés par la contamination radioactive. Sans qu'on ait jamais pu savoir exactement combien il y a eu de morts ni de malades. En France, 53 personnes atteintes d'un cancer de la thyroïde ont récemment porté plainte, estimant que la radioactivité arrivée d'Ukraine en 1986 est à l'origine de leur mal. Celle de Yohann van Waevenberghe, un jeune habitant de la Marne, a été déclarée recevable par le tribunal de grande instance de Paris. Pour son avocat, Me Emmanuel Ludot, «le mécanisme de vérité enclenché est irréversible».


Quinze ans, le chiffre n'est pas dû au hasard. C'est à peu près le temps qu'il faut à un cancer de la thyroïde pour se déclarer chez les enfants, qui sont les plus exposés à ce type d'affection. On estime qu'il y en a eu des milliers en Ukraine, en Russie et en Biélorussie, dans les zones proches de la centrale. Mais sur les 2 600 cas annuels chez nous, combien sont imputables à Tchernobyl? C'est pour en avoir le cœur net que Bernard Kouchner, le nouveau ministre délégué à la Santé, vient de lancer une enquête épidémiologique. Une investigation difficile à mener, si longtemps après l'accident.


Après la catastrophe : la contamination en césium 137 par département, situation en 1986

Des différents éléments qui composaient le nuage radioactif de Tchernobyl, le césium 137 est celui qui a la plus grande durée de vie: quinze ans après le drame, son activité n'a diminué que de 30% et il mettra encore 285 ans pour disparaître totalement.


En Russie, 11 réacteurs du même type...

Le 26 avril 1986, vers 1 h 30, le réacteur n° 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose. Aussitôt, des masses de matières radioactives - iode 131, césium 134 et 137, ruthénium 103 et 106 - se répandent dans l'atmosphère. Poussé par les vents, le panache atteint l'Europe du Nord le 28 avril, puis descend vers le sud. Quand ils comprennent qu'il s'agit d'un nuage radioactif arrivé d'Ukraine, alors que les Soviétiques n'ont toujours rien annoncé, certains pays prennent des mesures draconiennes. Les enfants sont privés de récréation. On interdit la commercialisation de produits alimentaires comme les salades ou le lait. On distribue en masse des pastilles d'iode, seule prévention contre le cancer de la thyroïde. Alors que le nuage arrive au-dessus de la France, le 29 avril, il faut attendre le 10 mai pour que les pouvoirs publics le reconnaissent. Aucune mesure spéciale n'est prise. Pourtant, des physiciens du CNRS collectent des données qu'ils envoient, via l'Institut national de physique nucléaire et de physique des particules (IN2P3), aux autorités. Pour celles-ci, l'anticyclone qui balaie le pays chassera tous les miasmes.


Ce déni constitue le péché originel qui entache toutes les relations entre les citoyens et les pouvoirs publics sur ce sujet. Contrairement aux pays voisins, où les responsables ne sont pas suspectés de cacher la vérité. Or, pendant la semaine qui a suivi l'accident, des pluies abondantes rabattent les particules sur l'est et le sud de la France. L'iode 131 disparaît au bout de deux mois. Mais pas le césium 137, qui a une durée de vie de trois cents ans. A la surprise des spécialistes, les sols n'ont pas réagi comme on l'attendait. Dans un article de Nature de mai 2000, les experts admettent que la radioactivité en césium 137, qui aurait dû être piégée dans l'argile, pourrait rester forte durant des dizaines d'années dans les zones où l'eau a ruisselé. D'où ces champignons et sangliers radioactifs détectés de temps en temps dans les Vosges et le Mercantour. Il a fallu attendre le 10e anniversaire de l'accident pour qu'une première étude de l'Institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN) mette en évidence les taches de contamination du sol dans l'Hexagone.


Les conséquences de Tchernobyl


Mais jamais on n'avait fait, en France, d'étude sur les conséquences de Tchernobyl concernant la santé. En janvier 2000, l'Institut national de veille sanitaire a donc demandé à l'IPSN un rapport sur les statistiques de cancers de la thyroïde, ceux qui pourraient être induits par la radioactivité. On sait que ces maladies, de plus en plus fréquentes dans les régions proches de la centrale ukrainienne, ont aussi frappé des enfants ukrainiens immigrés en Israël, alors qu'elles sont quasi inexistantes chez ceux qui sont nés sur le territoire israélien. Alors, les Français s'interrogent, puisque ce type de cancer augmente régulièrement chez nous. Certes, cette recrudescence date de 1975, soit neuf ans avant l'accident de Tchernobyl. Elle serait due, pour les experts, à une amélioration du dépistage de la maladie. Sans que, jusqu'à présent, on ait jamais vraiment étudié l'effet des faibles doses, qui inquiète les médecins.


Pourtant, le doute subsistera tant que les registres de cancers seront si peu nombreux en France. Six départements seulement en disposaient en 1986, 13 aujourd'hui. Utiles pour la grande étude épidémiologique réclamée par Bernard Kouchner, ces documents sont indispensables, non seulement pour repérer les affections déclarées dans les zones les plus contaminées, mais aussi pour établir un «degré zéro» de la santé, au cas où un nouvel accident se produirait. Une hypothèse qui n'est pas infondée, puisque 11 réacteurs du type de celui de Tchernobyl fonctionnent actuellement en Russie et qu'aucune instance internationale de contrôle n'a pu en vérifier l'état.

20 ans déjà... ce sera un bien triste anniversaire.

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