Le mérite de Ségolène Royal n’est déjà pas mince d’avoir réussi à glisser dans notre discours politique poussiéreux et péremptoire une formule nouvelle et conditionnelle : « Si je suis en situation ». Traduisez : « Si je franchis victorieusement les deux obstacles majeurs de la désignation par les militants et de l’élection par le peuple ». Et puis il est franc du grand collier de reconnaître implicitement que la présidence est une belle situation. Même s’il s’agit d’un CDD, d’un bail précaire et d’un poste dépourvu de tout avancement, on est en situation de choisir ses meubles, la décoration de sa chambre, celle de son beau-frère et, parfois, son Premier ministre. Après quoi on se détourne des petits de son pays pour ne plus fréquenter que les grands de ce monde. Mais pourquoi, diable, avoir évoqué un avenir aussi radieux en empruntant à Arlette Laguiller ses intonations les plus geignardes ?
C'est drôle : moi aussi en l'entendant hier à la télé, j'ai pensé aux intonations de voix d'Arlette... Ségolène manque de spontanéité quand elle parle, on a l'impression qu'elle récite une leçon apprise par coeur, elle a bien du chemin à faire pour espérer être élue...