Maladie, mal à dire ? (3)
« Madame, j’ai reçu vos résultats, je ne vous cacherai pas qu’ils ne sont pas bons, appelons les choses par leur nom : il s’agit d’un cancer »
Il vient ensuite s’asseoir face à moi qui suis dans le brouillard depuis le terrible mot entendu, vous savez, celui que même les journalistes n’osent pas prononcer (pourquoi d’ailleurs ???) et appellent pudiquement (je dirais plutôt hypocritement) « longue maladie ».
Il parle très vite maintenant H, me dit que le traitement est très ciblé, me l’explique dans les grandes lignes, mais j’écoute à moitié, ma vie est suspendue tout à coup, plein de pensées se bousculent dans ma tête. H essaie de me persuader de l’efficacité des traitements radioactifs, m’affirme que je guérirai et qu’ensuite je serai « comme tout le monde ». Ah bon ? et jusqu’à quand ? jusqu’au prochain cancer détecté ? quand on est atteint de cette maladie, la langue de bois ne fonctionne plus, on est tranchants dans ses mots et ses propos. Je ne le ménage pas mais il y est habitué manifestement et continue de discuter avec moi, je lui pose toutes les questions que j’ai envie, ce médecin est très humain, j’ai de la chance dans mon malheur car malgré son emploi du temps hyper chargé, il est à l’écoute.
Il m’explique ensuite qu’il faut réopérer le plus vite possible, qu’il souhaiterait que ça se fasse demain… Quoi, un dimanche ? mais oui, j’ai des opérations pour les semaines à venir, je veux vous opérer demain matin. Je n’ai pas le choix, je lui demande une faveur « comme je m’étais mis dans la tête que je sortais aujourd’hui, pourrais-je avoir le droit de rentrer chez moi quelques heures ? » Il hésite quelques secondes, plante ses yeux dans le miens et me répond « oui, mais pas de bêtises hein ! » Je hausse les épaules, il se lève alors et me dit qu’il reviendra tout à l’heure quand mon mari sera présent. Je lui réponds que le plus dur reste à faire pour moi, le prévenir et lui annoncer la nouvelle par téléphone, il ne dit plus rien, me regarde encore puis s’en va et se retourne une dernière fois avant de sortir.
Je prends mon courage à deux mains et je compose le n° de téléphone de la maison, à l’écoute de ma voix, mon amour est d’abord heureux puis c’est le grand choc pour lui aussi, il vient ensuite me retrouver à la Clinique, je le vois de la fenêtre, il a vieilli de 10 ans…Il se précipite dans ma chambre et nous nous tenons enlacés tous les deux, sans parler, les mots ne servent plus à rien, la porte est restée ouverte et j’aperçois le Dr H qui nous regarde depuis le couloir.
Commenter cet article