Maladie, mal à dire ? (4)
La deuxième opération s’est très bien déroulée, elle a duré elle aussi plus de quatre heures, H prenant son temps pour bien nettoyer et gratter soigneusement tout alentour de la thyroïde enlevée. J’ai mis un peu plus de temps à m’en remettre car j’étais obligée de suivre un régime draconien sans sel, c’est obligatoire avant d’entrer en service nucléaire pour subir le traitement radioactif. H m’avait pris rendez-vous à la Timone à Marseille en Février.
En attendant, j’étais privée d’hormones thyroïdiennes et j’allais tomber petit à petit dans ce que j’appellerai « une petite mort ». En effet, sans thyroïde on ne peut vivre, et divers symptômes très désagréables apparaissent : fatigue générale, incapacité à fixer son attention, les muscles deviennent douloureux et on perd le sommeil au fil des jours, le corps gonfle un peu aussi, on se sent très mal… Le Dr H m’avait prévenu de ces réjouissances qui m’attendaient et j’ai fait avec, attendant impatiemment la date pour le traitement, sachant qu’après je pourrais enfin prendre le médicament hormonal de substitution (Lévothyrox) qui me permettrait de retrouver vigueur et tonus.
Durant l’attente, je reverrai deux fois H qui me suit comme du lait sur le feu, il me demande de voir un Kiné pour masser la cicatrice et empêcher ainsi toute adhérence.
Le fameux jour J arrive enfin, je suis anxieuse à l’idée de ce qui m’attend… Dès l’entrée à la Timone, mon cœur bat plus vite et j’ai beaucoup d’appréhension, nous allons directement au Service Nucléaire et là je commence à comprendre que je ne suis pas dans un lieu hospitalier habituel : les portes sont blindées (pour empêcher la radioactivité de s’échapper). Nous sommes un lundi, jour d’entrée pour les malades cancéreux qui viennent se faire traiter et je me retrouve avec une quinzaine de femmes (ce cancer touche particulièrement les femmes), beaucoup sont très jeunes, plusieurs enfants d’ailleurs accompagnés de leurs mamans. Celles-ci ont reçu une dispense du service et pourront rester dans la cellule blindée (nom de nos chambres) avec leurs filles.
Je lie connaissance tout de suite dans la salle d’attente et la plupart des malades sont déjà venus pour de précédents traitements (ça promet !!), on me demande de montrer ma cicatrice qui est cachée par un foulard, je leur fais voir et tout le monde s’extasie car elle est magnifique (comprendre : elle ne se voit pas), intérieurement je remercie H qui a fait un travail superbe. D’autres patientes ont leurs cicatrices qui ont boursouflé et sont très rouges, cela dépend en fait de la réaction de la peau.
Je découvre ensuite une patiente qui habite le même village que moi et qui est suivie par le même généraliste (comme le monde est petit !), elle a soixante ans et a déjà été soignée pour un autre cancer (sein) une quinzaine d’années plus tôt. Elle est très gentille et nous sympathisons en attendant de faire les prises de sang et de prendre possession ensuite de nos cellules plombées ; nous y serons enfermées durant toute la semaine, sans droit de visite aucun, pas même les infirmières, une trappe dans le mur permet de passer les repas et les médicaments. En fait, cela ressemble à une prison sauf pour la propreté !
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